« Assistance mortelle »


"Assistance mortelle" de Raoul Peck

Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre sans précédent frappe les côtes d'Haïti et sa capitale surpeuplée, Port-au-Prince. 230 000 personnes sont tuées et 1,5 million d'autres sont laissées sans-abri. À travers une longue observation de 24 mois sur le terrain, le réalisateur Haïtien Raoul Peck, met en cause la calamiteuse gestion par la communauté internationale d'une situation post-catastrophe complexe.

Des centaines d'ONG's du monde entier, bientôt suivies par des experts internationaux, arrivent pour les efforts de secours immédiats et pour soutenir le pays dans ses nombreux besoins (hébergement, déblaiement des débris, hygiène, soins médicaux…). La communauté internationale promet son aide inconditionnelle pour reconstruire le pays : 5 milliards de dollars sur les 18 premiers mois, et un total de 11 milliards de dollars sur 5 ans.

Des projets de reconstruction tous azimuts

En avril 2010, la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), co-présidée par Bill Clinton et le Premier ministre Haïtien Jean-Max Bellerive, est créée pour superviser et coordonner l'ensemble des projets de reconstruction.

La "machine de l'aide" va peu à peu prendre le dessus sur les institutions haïtiennes, interrompant brutalement toute initiative locale.

Trois ans plus tard, la population haïtienne a non seulement été passablement marginalisée lors de ce discutable processus de reconstruction, mais se retrouve sans aucun doute encore plus démunie qu'avant la catastrophe. On ne peut que constater que les 11 milliards de dollars promis collectivement à Haïti n'ont jamais été totalement déboursés, et encore moins utilisés pour une reconstruction réelle. 

Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment le monde entier arrivé au chevet d'Haïti, et si volontaire pour aider ce pays de 10 millions d'habitants, a-t-il pu autant se tromper ?

Aide au développement : les coulisses d'un échec

Au lendemain du séisme, Raoul Peck a entrepris de documenter, 24 mois durant, le processus de reconstruction sans précédent dans son pays. Assistance mortelle s'attaque ainsi à dévoiler les coulisses et les méandres du gigantesque élan international déployé en Haïti, tout en questionnant son impact et ses conséquences.

Explicitement radical, le film met en cause la calamiteuse gestion par la communauté internationale d'une situation post-catastrophe complexe. Parmi les principaux meneurs et protagonistes de cette colossale caravane humanitaire, on retrouve aussi bien toutes les agences internationales, la plupart des ONG du monde, que l'ancien Président Bill Clinton, des experts internationaux en tout domaine, des avions entiers d'humanitaires généreux, ainsi que les incontournables stars Hollywoodiennes.

Factuel et sans concession, Assistance mortelle porte un coup sévère à la bonne conscience caritative et à l'entêtement institutionnel. Ce film expose l'échec généralisé de l'aide au développement et revendique la seule issue acceptable : l'arrêt immédiat des politiques et pratiques actuelles de « l'aide » et la redéfinition durable de son rôle et de sa gestion.