Décès de la conteuse Mimi Barthélémy


Mimi Barthélémy, une artiste-référence, qui a porté " jusqu’à son dernier souffle l’imaginaire explosif et l’identité rebelle de son peuple".

La célèbre conteuse haïtienne Mimi Barthélémy est décédée samedi à l’âge de 74 ans en France. Ecrivain et dramaturge, l’épouse de feu l’écrivain et anthropologue français Gérard Barthélemy a été emportée par une crise cardiaque, la veille de son anniversaire.         

Elle "symbolisait en France la voix des traditions orales d’Haïti", a souligné radio Kiskeya à l’annonce de la nouvelle du décès de Mimi Barthélémy.

Née le 3 mai 1939 à Port-au-Prince, "l’artiste, qui évoluait constamment aux frontières de l’interculturel, portait jusqu’à son dernier souffle l’imaginaire explosif et l’identité rebelle de son peuple en dépit de plusieurs décennies d’expatriation l’ayant conduite aux quatre coins de la planète."

Au nom de la mémoire d’Haïti

L’éternelle voyageuse a roulé sa bosse partout et vécu, au nom de la mémoire d’Haïti, des expériences artistiques fantastiques en Amérique du Sud, au Sri Lanka, au Magrheb et même au Honduras. Dans cet Etat d’Amérique centrale, elle a contribué pendant un an, entre 1979 et 1980, à la restitution, à travers un spectacle, de l’histoire des Garifunas, les indiens caraïbes noirs qui avaient tout oublié de leur passé à cause du traumatisme de la déportation de leurs ancêtres, au 18ème siècle.

En France, après des études doctorales portant sur le "théâtre de l’identité dans les minorités", l’épaisseur de sa production et l’ultra-mobilité de son art rencontrent la reconnaissance du public.

Une référence

Sa notoriété fait d’elle une référence dès qu’il s’agit d’Haïti. Intervenant souvent dans les médias, la conteuse, chanteuse et interprète se produit aussi à un rythme effréné sur les planches des grands festivals, dans les bibliothèques, mais aussi dans des univers surprenants tels les appartements, les centres de détention et les hôpitaux.

Auteure de nombreux ouvrages qui tiennent leur originalité d’un savant métissage linguistique créole/français, Mimi Barthélémy a notamment publié "La reine des poissons", qui lui a valu le Becker d’or en 1989, en duo avec l’illustre guitariste haïtien Amos Coulanges au 3e Festival du café théâtre francophone à Evry, en France ; "La dernière lettre de l’Amiral", Prix Arletty de l’universalité de la langue française, en 1992, "Tézin le poisson d’eau douce" (1994), "Contes diaboliques d’Haïti" (1995), "Haïti, la perle nue" (1999), en collaboration avec son mari Gérard, décédé en 2007, "Gwodada le monstre" (2004), "Le lion qui avait mauvaise haleine" (2006), "Crapaud et la clef des eaux" (2007) et "Contes d’Haïti" (2011).