Duvalier a « volé 120 millions à Haïti »


Jean-Claude Duvalier, lors de son audition devant la cour d’appel.

Un vieux rapport accablant pour l’ex-dicteur haïtien, Jean-Claude Duvalier, est ressuscité par Radio-Canada. L’ancien « président à vie » a volé 120 millions de dollars à Haïti, selon le document rédigé en 1987 et qui n’a jamais été officiellement rendu public.   

L'enquête a été signée par l'ex-ministre haïtien de la Justice, François St-Fleur, a rappelé Radio-Canada. Il est écrit, à la page 35 du rapport, que l'ex-dictateur Jean-Claude Duvalier et sa femme Michelle Bennet ont volé au moins 120 millions de dollars à l'État haïtien.

Haïti, "propriété privée" des Duvalier

"Notre enquête confirma que, sous le règne dictatorial, les Duvalier traitèrent Haïti comme s'il s'agissait de leur propriété privée, lit-on dans le document accablant pour l’ex-tyran qui serait hospitalisé depuis une semaine. Les Duvalier forçaient les institutions génératrices de revenus à émettre des chèques à leur ordre ou à l'ordre d'entités fictives créées par eux."

Ils maintenaient un carnet de chèques en blanc pour des virements de fonds, a écrit l’ex-ministre St-Fleur, qui a décrit la fraude des Duvalier dans ses moindres détails. Par exemple, des chèques étaient tirés mensuellement à l'ordre de l'Hôpital du Bon Repos, un centre médical pour bébés et femmes enceintes, endossés par Michelle Bennet et déposés dans son compte personnel.

"Durant les dernières années de leur dictature, les Duvalier auraient volé plus de 47 millions de dollars à différents ministères et sociétés d'État", a décrit M. St-Fleur.

Un système qui fonctionne à la corruption

Frantz Voltaire, un ex-professeur de l'UQAM, avait déjà lu ce rapport, a souligné Radio-Canada. "On comprend très bien qu'aujourd'hui, on n'ait pas eu à mettre en place un système national de santé, un système national d'éducation, puisque les ressources étaient détournées à des fins privés. Quelque part, ce système qui fonctionne à la corruption continue d'opérer", a analysé le directeur du Centre international de documentation et d'information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne.

Ces révélations démontrent que les faits reprochés sont "pires que du crime économique", selon Louise Otis, ex-juge de la Cour d'appel du Québec et consultante pour la réforme de la justice en Haïti, en 2004.